A LA GLOIRE DU GRAND ARCHITECTE DE L’UNIVERS
L’Eternel Orient
Vénérable Maître,
Respectables Frères,
Et vous tous, mes Frères, en vos grades et qualités,
Dieu donne et Dieu reprend (Job 1 :21) comme nous le disent les Écritures ; ainsi la Vie nous est offerte en cadeau.
Ce cadeau a cependant un prix terrible car il est accompagné par la promesse de notre mort inéluctable, dont le compte à rebours égrène impitoyablement les secondes dès notre premier cri.
Nous, Francs-Maçons du Rite Ecossais Ancien et Accepté évoquons le passage à l’Éternel Orient plutôt que de parler de la mort et de voir en elle la fin de toute vie.
Ainsi, cette expression très forte ne signifie ni une fin en soi ni même un jugement, mais l’aboutissement d’une quête initiatique.
N’est-il pas troublant de parler d’Éternel Orient pour parler de la mort ?
De manière générale, la mort est associée aux ténèbres, à l’obscurité, au noir comme l’est la couleur du deuil. À l’inverse, la lumière est source de Vie et de Logos ; or un mort ne parle plus et ne vit plus.
L’Orient est traditionnellement la source de la vraie lumière : le soleil se lève à l’Orient quel que soit l’endroit où l’on se trouve sur Terre ; le Temple de Salomon était ouvert sur l’Orient, sur la lumière universelle et par conséquent sur la Vérité.
En loge, l’Orient est la place du Vénérable Maître, qui apporte la lumière, permet la vie de la loge, crée les Frères et donne la parole.
L’univers est issu d’une lumière éblouissante qui, en une fraction de seconde, a fait apparaître la matière à partir du néant.
La lumière est source de vie ; sans lumière, aucune vie ne semble possible.
Alors comment est-il possible d’accepter que l’Orient, source de lumière, devienne, en y associant juste le mot « éternel » une expression de la mort ?
En fait, l’Orient n’est pas seulement un point dans l’espace, un point cardinal ; il est le principe autour duquel tout s’ordonne et donne un sens à la vie.
Ainsi, l’Orient Éternel représente la sagesse absolue, délivrée du temps profane et des contingences humaines.
C’est une source de clarté éternelle, immuable, non soumise aux cycles solaires ; l’Orient Eternel est une lumière capable de briller au plus profond de la nuit la plus sombre, celle de l’inconnaissable, des ténèbres et de tout ce qui nous est caché.
La mort est autant la fin de la vie que son début, car tout ce qui semble s’opposer finit toujours par s’unir.
Pour imager cette idée, je décrirais l’existence d’un homme comme un cercle tracé par un compas dont l’origine se situerait sur la branche centrale et le déroulement de la vie, à proprement parler, sur la circonférence tracée par l’autre branche.
Au cours de sa vie, le maçon voyage de l’Orient à l’Occident dans un premier cycle, puis de l’Occident à l’Orient dans un deuxième cycle.
Ce deuxième cycle marque le début de notre déclin physique et de notre obsolescence programmée.
Mais il est aussi le témoin de nos progrès spirituels et de notre volonté de ne plus construire uniquement pour nous mais aussi pour autrui et de transmettre ce que nous avons appris.
Il décrit un cercle qui se referme sur lui-même à l’Orient Éternel ; mais le compas existe toujours et le tracé peut se répéter à l’infini, mais plus sur le même trait.
Bien sûr, il n’entre pas dans mon propos de parler de la persistance d’une forme de conscience après la mort ou de réincarnation ; pas plus que je ne prêcherai sur le devenir de l’âme humaine ; chacun étant parfaitement libre de ses croyances.
Cette idée me permet de penser que si le compas a fait un tour, il peut en refaire un autre dans une dimension qui nous est inaccessible lors de l’accomplissement du premier cercle.
Et cette idée me convient et me plaît.
Notre rite est un rite de verticalité ; il invite le maçon à s’élever durant toute sa vie, degré après degré, grade après grade vers une compréhension toujours plus vaste de lui-même et du monde qui l’entoure.
L’Éternel Orient s’inscrit dans cette dynamique et marque le passage de l’horizontalité de la vie matérielle à la verticalité de l’esprit accompli.
Ainsi, être appelé à l’Orient Éternel, ce n’est pas disparaître, mais changer de plan, quitter le chantier visible pour l’architecture invisible.
Le retour à l’Éternel Orient, point de départ et point d’arrivée, peut être vu comme un retour au Tout, à l’unité qui précède la dualité ; la mort nous permet ainsi de devenir un être universel, absolu, dépassant l’espace et le temps.
« Tu es né de la poussière et tu retourneras à la poussière » (Genèse 3/19), nous disent une nouvelle fois les Écritures ; en retournant au Tout, nous retournons à la source de toute chose.
Le corps meurt mais ne disparait pas, il se transforme. Ainsi le veut le cycle de la Vie rien ne se crée, rien ne se perd mais tout se transforme.
La source originelle de toute chose est la lumière de la création de l’Univers et nous y retournons.
D’ailleurs, ne dit-on pas que les personnes ayant fait une expérience de mort imminente rapportent une sensation de quiétude et de paix alors qu’elles sont attirées vers une lumière éblouissante ? Que l’on y croie ou non, l’image rejoint puissamment la symbolique de notre Ordre.
Rejoindre l’Éternel Orient, c’est symboliquement se rapprocher du Grand Architecte de l’Univers ; à l’image d’un ouvrier qui a accompli sa tâche et abandonne ses métaux pour partir nu, comme il était nu lorsqu’il est venu au monde.
C’est aussi une leçon pour ceux qui restent, en nous rappelant brutalement que le travail demeure inachevé, alors que l’horloge tourne inlassablement et que le temps nous est petitement compté.
Inexorablement, le cercle se referme et chaque seconde doit être utilisée à bon escient.
L’homme meurt, mais son œuvre demeure.
Il reste une pierre à part entière sur laquelle il est possible de continuer à bâtir l’édifice humain.
Mon Papa est parti en décembre dernier, mais je suis là, mes enfants et mes petits-enfants aussi, et même lorsque Papa aura disparu de la mémoire des vivants, le fruit de son travail sur Terre subsistera car il était pierre et c’est sur cette pierre que j’ai bâti ma famille.
Il était l’ouvrier qui bâtissait le Temple, laborieusement, pierre après pierre ; en passant à l’Éternel Orient, il est devenu cette pierre qui continuera à supporter l’édifice.
Le REAA nous apprend que la véritable immortalité n’est pas personnelle, mais initiatique ; elle se trouve dans la transmission, la fidélité au rite et la rectitude du travail intérieur.
Cela est-il vraiment différent du monde profane ? Ne pourrions-nous pas parler de valeurs familiales, de traditions, de Foi et d’honnêteté ?
Lorsque nous formons la chaîne d’union avant de clôturer les travaux de la loge, nous nous unissons entre nous, certes mais tous les Frères passés à l’Éternel Orient sont à nos côtés et viennent fortifier ce lien qui nous unit.
De cette union naît l’égrégore qui nous fortifie.
Ici, le mot « chaîne » prend tout son sens, en unissant non seulement tous les Francs-Maçons, mais aussi tous les êtres humains.
Pendant un bref instant, tous ces maillons irremplaçables fusionnent le passé et l’avenir dans le présent. Pendant quelques secondes le temps cesse d’exister alors que nous vivons à travers eux et qu’ils continuent à vivre à travers nous.
A l’instar d’Einstein qui disait : ‘Pour nous physiciens, cette séparation entre passé , présent et futur n’a que la valeur d’une illusion aussi tenace soit elle’ je dirais pour nous Francs-Maçons et Hommes de Foi, qu’il en est de même.
Pour clôturer ce sujet, je rappellerai que l’Éternel Orient est un passage et qu’il nous faut, tout au long de notre vie maçonnique et de notre vie profane, nous préparer pour cette ultime initiation.
Et cela même si ce passage évoque un moment difficile, car il est celui du déclin physique, parfois des souffrances et souvent de l’agonie.
Cette perspective est toujours douloureuse, car notre égo n’accepte pas cette idée de diminuer puis de disparaître en laissant notre chantier inachevé.
Mais il nous faut espérer car cette douleur porte en elle la promesse d’un havre de paix et de bonheur où l’égo ne fera plus obstacle à la Vérité.
En travaillant sur sa pierre brute, le Franc-Maçon se prépare à ce passage chaque fois qu’il va au plus profond de lui pour rectifier les aspérités de son âme.
Si le travail est assidu, il a une chance de découvrir la pierre cachée ; alors, en paix avec lui-même, il pourra regarder la mort en face sans crainte aucune ; il pourra voir au-delà de la peur et de la tristesse et cultiver l’espérance.
La véritable victoire sur la mort n’est pas dans la fuite mais dans l’art de lui retirer son poison : la peur.
Mes Frères,
Gémissons, gémissons, gémissons, mais espérons.
J’ai dit.
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