A LA GLOIRE DU GRAND ARCHITECTE DE L’UNIVERS
Vénérable Maitre et vous tous mes frères en vos grades et qualités
Le temps
Le temps .. Le temps qui passe et qui jamais se lasse, le temps qui court sans jamais faire de détours … Cette horloge infernale qui rythme nos vies de son tictac, contrôle et dispose de nos existences ainsi que de notre durée sur cette planète.
Ce Temps qui fascine et terrorise les Hommes car inéluctablement il les conduit vers le néant sans qu’il leur soit possible d’avoir la moindre interaction pour le freiner ou le stopper.
Le Temps a toujours suscité une foule de questions et plutôt que de chercher à apporter des réponses qui ne pourraient être que partielles, j’ai tenu à partager mes questions avec vous et vous inviter comme je le fais à prendre un peu de ce précieux temps et à réfléchir sur cette notion.
J’ai toujours été passionné par le temps ; tout jeune je regardais une série télévisée dans laquelle des savants américains avaient construit un prodigieux dispositif qui leur permettait de voyager dans le temps.
Deux de ces savants piégés par la machine exploraient notre passé et notre futur sans jamais pouvoir revenir à leur point de départ.
Combien de fois me suis-je imaginé emprunter cette machine et tenter d’influer sur des événements historiques, aider Napoléon à Waterloo ou empêcher Hitler d’accéder au pouvoir par exemple.
Puis sont arrivés les théories d’Einstein, de Stephen Hawking et d’autres … Et il a bien fallu se rendre à l’évidence, le voyage dans le temps ne serait jamais qu’une vue de l’esprit sur notre planète et dans les connaissances actuelles de notre physique.
Voyager dans le temps conduit à voyager dans l’espace ; en effet tout est en mouvement perpétuel, notre planète dans le système solaire, notre système solaire dans la galaxie et la galaxie dans l’univers ; voyager d’une seule minute dans le passé ou le futur nous emmènerait ailleurs que sur Terre, certainement dans le néant.
Einstein nous a appris que le temps et l’espace sont intimement liés en formant une seule dimension, que le temps est relatif et dépend de la position de l’observateur.
La gravité peut influer le temps, à l’image de la planète Miller dans le film Interstellar située à proximité immédiate d’un trou noir et dont le temps est dilaté à un tel point qu’une heure passée sur la planète correspond à une durée de sept ans sur la Terre.
Pourtant une heure sur la planète Miller dure une heure pour ses visiteurs et une heure sur la Terre dure une heure pour ses habitants, mais le référentiel change. Pendant que les visiteurs de la planète Miller vivent une heure, sept années s’écoulent pour les habitants de la Terre.
Le temps a-t-il un commencement ? existe-t-il un instant zéro, un moment où la grande horloge a commencé à tourner et à égrener son cortège de secondes ?
La théorie admise pour la création de l’univers et de tout ce qui le compose, c’est-à-dire le temps, la matière et les forces physiques est la théorie du Big Bang c’est-à-dire l’existence d’une singularité et d’une température de plusieurs milliards de degrés centigrades qui en l’espace d’un instant estimé à dix puissance -43 secondes après un hypothétique instant zéro a rendu notre existence possible en jetant les bases de notre univers.
Les télescopes les plus performants nous permettent de remonter les époques en regardant des objets spatiaux distant de plusieurs milliards d’années-lumière ; connaissant la vitesse de la lumière il nous est possible d’avoir une vision de ces mondes primitifs.
Ainsi des observateurs vivants sur une planète située à quelques 2000 années lumières de la Terre pourraient assister en direct à la naissance du Christ s’ils avaient les moyens de nous observer.
Pourtant les instruments les plus performants ne nous permettent pas de voir au-delà du fond diffus cosmologique, c’est-à-dire la période entre l’instant zéro et 380 000 ans. Ainsi il ne nous est pas possible de découvrir le moment précis où la grande horloge de l’univers à commencer son tic-tac fatidique. Existait-il un avant ? y avait-il un pendant ? à l’aune de nos connaissances seules la philosophie et la religion peuvent tenter d’apporter une réponse à ces questions.
Mais le temps est relatif et il peut sembler parfois long, parfois court et dans certains cas il peut même donner l’impression de s’arrêter.
Lorsque j’étais enfant, le temps me donnait l’impression de ne pas exister sauf dans mes rêves ; j’avais tout le temps et la vie paraissait éternelle ; j’ai appris à mesurer le temps en allant à l’école puis lors de ma première communion lorsque mon parrain m’a offert ma première montre.
Que de temps passé comme hypnotisé par la trotteuse de la montre à regarder ce mouvement quasi perpétuel, j’étais devenu un comptable dépositaire du temps ; je pouvais le mesurer mais jamais je n’ai réussi à faire reculer la trotteuse.
Pour anecdote, aujourd’hui est accrochée dans ma cuisine une horloge dont la trotteuse tourne à l’envers, mais ce n’est qu’une illusion.
Ce jour-là j’ai compris que le temps avançait de manière inexorable et rien ne permettait de remplacer un moment perdu.
Mais le temps perdu peut être précieux comme l’écrivait Saint Exupéry dans le Petit Prince : C’est le temps perdu pour quelque chose ou quelqu’un qui le rend important.
Sommes-nous maitres du temps ? ou en sommes-nous devenus les esclaves depuis que nous avons appris à le mesurer ? Les premiers hommes se référaient à la course du soleil pour estimer l’heure, puis des instruments plus précis comme le sablier, l’horloge, la montre ont permis à l’homme de se situer avec la plus grande précision dans le temps.
Il me revient en mémoire un film plus récent, le titre est Time Out ; dans un futur dystopique l’argent a été remplacé par le temps ; pour chaque être humain l’horloge commence son compte à rebours fatal à 25 ans leur offrant la chance de ne plus vieillir mais leur promettant aussi la mort lorsque leur horloge arrivait à zéro.
Le temps pourtant immatériel devient ainsi la substance la plus précieuse au monde et chacun doit tenter d’en gagner ou d’en voler pour assurer sa propre survie.
Mais n’est-ce pas déjà le cas ?
Qu’avons-nous fait de cette temporalité ? après avoir divisé notre existence en quartiers en parlant de notre enfance, de notre adolescence puis de notre vie familiale nous avons soigneusement divisé notre journée avec un temps pour chaque chose et une chose pour chaque temps.
Nous nous levons quand sonne l’heure du réveil ; nous faisons la pause quand vient l’heure de la pause. A midi nous déjeunons … Toute notre existence est quantifiée et martelée par la trotteuse du temps qui ne souffre d’aucune facétie.
Et ce temps nous donne l’impression de passer à des vitesses différentes alors que son déroulement est inexorable ; soyez en retard à un rendez-vous important mes frères et vous verrez le temps passer à une vitesse infernale.
A l’inverse prenez une flamme vive dans la main pendant 5 secondes et vous vous apercevrez que ces cinq secondes vous aurons donné l’impression de durer des heures.
Une réunion ennuyeuse de deux heures vous semblera interminable alors qu’un rendez-vous galant d’une après-midi entière vous aura donné l’impression d’avoir duré un instant et filé comme un éclair.
Le temps serait-il lié à la perception que nous avons de l’évènement que nous vivons ?, le temps serait-il intemporel lorsque nous le décidons ?
Il est une énigme car le temps existe grâce à la conscience qui anticipe ou semble faire durer le présent et personne ne détient les clés de ce mystère Cet insaisissable présent s’abolit toujours dans le passé mais sans disparaitre totalement puisqu’il continue sans jamais s’arrêter et coule toujours quoiqu’il arrive dans la même direction. Comme la rivière qui coule toujours de l’amont vers l’aval, c’est la même eau qui coule et qui ne pourra jamais revenir en arrière.
Aujourd’hui se transforme en hier mais demain devient aujourd’hui.
Les artistes ont chanté le temps ; les scientifiques ont tenté de le comprendre, les philosophes de le décrire et les religieux de s’en emparer mais le temps est resté le temps, libre, indépendant et maitre de toutes choses.
Nous avons appris à le mesurer mais il reste le dépositaire de nos existences ; est-il un allié ou un ennemi ? nos horloges sont-elles les gardiens de notre existence ou de simples indicateurs ? le temps est-il linéaire ou cyclique ?
Le temps est-il subjectif ? pourquoi donne t’il l’impression d’accélérer avec l’âge ?
Le temps est un outil puissant qui nous aide à surmonter les épreuves de la Vie ; combien de fois alors que nous étions dans la peine n’avons pas entendu nos proches nous dire : ça ira mieux demain, laisse faire le temps, le temps vient à bout de tout …
Tout comme la légende de la bague de Salomon sur laquelle était inscrit : Tout passe.
Il ne semble pas humainement possible d’abolir la notion de temps et pourtant …
Et pourtant il existe un endroit où la notion de temps disparait ; bien sûr c’est encore une fois une vue de l’esprit et l’horloge continue d’égrener les secondes mais ce lieu sacré en dehors du temps profane échappe à la perception et à la subjectivité que nous en avons habituellement.
J’ai vécu une expérience semblable il y a quelques années et il m’arrive régulièrement de la revivre tous les premiers et troisièmes lundi de chaque mois.
Un courriel est arrivé un soir dans ma boite mail ; il m’informait que j’allais être initié à l’Art Royal et me donnait les consignes pour me présenter à la porte du Temple dans lequel j’avais sollicité mon admission.
Dépouillé de tous mes métaux et de tous repères temporels, je me suis retrouvé enfermé dans ce qui était un cabinet de réflexion et qui pour moi était un petit local truffé de décors particuliers et de formules qui paraissaient effrayantes.
Un questionnaire m’a été remis et j’allais devoir rédiger un certain nombre de choses à la flamme vacillante d’une bougie allumée par vous Vénérable Maitre si mes souvenirs ne me trompent pas.
Il alors été alors dit que l’on viendrait me chercher lorsque la bougie aurait été entièrement consumée.
Le temps passait mais il m’était impossible de le mesurer, combien de temps suis-je resté dans ce local ? je l’ignorais.
Puis vous êtes venu me chercher et la cérémonie d’initiation a démarrée ; et enfin le bandeau a été retiré de mes yeux lorsque vous m’avez reçu Apprenti Franc Maçon.
A la fermeture des travaux, le Vénérable Maitre a demandé au premier Surveillant à quelle heure les maçons avaient ils coutume de clôturer leur travaux et celui-ci a répondu : à minuit plein Vénérable Maitre.
Eh bien pour ma part j’ai pris cette réponse au premier degré et j’ai pensé qu’il était réellement minuit. En récupérant mes métaux j’ai été plus que surpris de constater qu’il n’était même pas 22 heures …
Sans instruments de mesure, il parait difficile de mesurer le temps tant sa perception est subjective. Et il n’y a pas d’horloge en loge…
Le temps maçonnique est sacré, il se situe en dehors du remps commun sans se soucier de l’horloge astronomique. Le temps profane est arrêté pour céder la place au temps sacré.
Ce temps n’est pas quantifiable, n’a pas de durée mesurable et n’a ni commencement ni fin.
Les Maçons abandonnent à midi plein le monde du mesurable pour rejoindre celui de l’absolu.
Nous, frères maçons entrons alors dans un monde paradoxal puisque vidé des tensions, des conflits et des contraintes du monde profane.
Dans l’œil du cyclone de nos vies profanes les turbulences disparaissent et le temps n’existe plus.
Nous pénétrons symboliquement au cœur de nous-même, au cœur de notre être ; ne plus se mouvoir, ne plus subir les tensions et les contraintes équivaut à la liberté absolue.
Tout comme les dimensions du temple sont sans réelles limites, nos références chronologiques se situent hors du temps profane.
Mais il y a des exceptions ; n’avons-nous pas souffert de l’épidémie de Covid alors qu’un couvre-feu nous était imposé d’entendre le Vénérable Maitre déclarer : « Les travaux seront fermés à mon coup de maillet » afin que nous puissions rentrer chez nous à l’heure imposée sans nous exposer à la vindicte policière ? Le temps nous rattrapait.
Pourtant nous évoquons souvent la notion de temps pendant la tenue, nous ouvrons et fermons les travaux ; entre ces deux limites se situe le temps sacré qui se renouvelle inlassablement à chaque tenue.
Midi marque le passage symbolique du profane au sacré et minuit le retour aux turpitudes du monde profane. Entre les deux, les Maçons ont travaillé allégoriquement à la construction de l’édifice.
Lors de la lecture de la planche tracée de nos derniers travaux, le Secrétaire évoque une date ou les jours et les mois sont exprimés en quantièmes, c’est une manière de nous situer dans une année de vraie lumière.
De même notre âge maçonnique nous déconnecte du monde profane et contribue à l’aspect intemporel de la maçonnerie.
En fait le temps en loge est au-delà du temps réel ; dans le temple, c’est le rituel qui nous plonge dans ce temps mythique.
La loge nous permet de prendre la juste mesure du temps grâce aux outils et le rite sacralise le Temple entre l’écriture et l’effacement du tapis de loge.
La règle est divisée en 24 parties comme les 24 heures d’une journée, elle symbolise aussi l’œuvre, le commencement et la fin.
En fin de tenue, notre chaine d’union symbolise un moment qui unit le passé et le présent et aussi le futur lorsque le Vénérable Maitre évoque cette force qui fait que rien ne pourra jamais rompre cette chaine et les maillons qui la composent.
Elle anéantit le temps et unit le réel et l’irréel.
Mais le maillon seul n’est rien seule la chaine pourra subsister au fil du temps.
Et la chaine d’Union nous donne un indice précieux : il est possible de vaincre le temps grâce à la transmission et à la fraternité qui peuvent aussi traverser le temps, les frères disparaissent mais la loge demeure, les Francs-Maçons meurent mais le Temple perdure ; il sont le ciment de l’édifice et cet édifice peut braver le temps.
Ils sont la mémoire de leurs descendants et leur lumière imprègne les murs du temple.
La Franc Maçonnerie nous enseigne comment relativiser le temps et à faire fi des difficultés rencontrées.
Le temps est une spirale qui relie le fini à l’infini, le temporel à l’éternel.
Chaque chose vient en son temps, ni trop tôt ni trop tard, et certainement comme ce fut le cas pour moi, la Franc Maçonnerie vous a tendu la main au bon moment..
Est-ce un fait du hasard ? mais ne dit-on pas que le hasard c’est Dieu qui passe incognito ?
Cette invitation à frapper à la porte du temple n’était-elle pas en fait un rendez-vous ?
Un autre temps est partagé en loge, le temps que je viens de vous prendre en partageant mon travail avec mes frères ; il s’agit du temps de parole accordé avec parcimonie et justesse par le seul Vénérable Maitre qui apparait comme le gardien du temps.
Aristote a dit que le temps était un paradoxe et existe sans exister vraiment car si nous pouvons le percevoir nous ne pouvons aucunement le toucher ou le maitriser.
Mes frères hier n’est que la somme de nos erreurs et nos réussites passées et demain n’existe pas encore ; seul compte ce jour car ce jour est le présent ; il peut contribuer à oublier hier et à construire demain.
Le présent est un cadeau inestimable qui nous est fait, et il nous appartient de faire bon usage de ce présent que nous accorde le Grand Architecte de l’Univers.
Trouver des solution à l’énigme du temps nous imposera de chercher à réaliser l’impossible, il nous faudra lier mécaniquement les équations quantiques et la relativité générale et peut être nous sera-t-il nécessaire de rejoindre la Voute Céleste au cœur d’un trou noir afin d’en étudier cette singularité qui n’existe pas sur Terre.
J’ai dit
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